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Mary Cassatt at Orsay: The American the Impressionists Let In

The Musée d’Orsay is hanging eighty works by Mary Cassatt, the Pittsburgh banker’s daughter who became the only American inside impressionism. A century after her death in France, the French are calling her one of their own.

Navy illustration of a night gallery in the former railway station of the Musée d'Orsay with an empty gilded frame and a steamer trunk, Mary Cassatt in Paris.
A trunk full of Atlantic crossings, a frame waiting under the station clock.
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The American in the room

Mary Cassatt was born near Pittsburgh in 1844 into a banking family that expected Europe to be a finishing school, not a career. She had other plans, and Philadelphia’s art academy was not enough of one. Paris was the capital of painting, so she moved, permanently, in 1874. One obstacle: the École des Beaux-Arts did not admit women and would not until 1897. She trained privately, copied at the Louvre with a copyist’s licence, and waited for the city to notice.

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A1-A2

Mary Cassatt est née près de Pittsburgh en 1844, dans une famille de banquiers. Elle voulait peindre. Paris était la capitale de la peinture, alors elle s’y est installée en 1874. L’école des Beaux-Arts refusait les femmes. Elle a appris autrement.

B1-B2

Mary Cassatt naît près de Pittsburgh en 1844, dans une famille de banquiers pour qui l’Europe devait être une école de bonnes manières, pas une carrière. Elle avait d’autres projets, et l’académie d’art de Philadelphie n’en était pas un à ses yeux. Paris était la capitale de la peinture, alors elle s’y installe, définitivement, en 1874. Un obstacle : l’École des Beaux-Arts n’admettait pas les femmes, et ne le ferait pas avant 1897. Elle se forme en privé, copie au Louvre avec une carte de copiste, et attend que la ville la remarque.

C1-C2

Mary Cassatt naquit près de Pittsburgh en 1844, au sein d’une famille de banquiers pour laquelle l’Europe tenait de l’école de maintien, nullement de la carrière. Elle nourrissait d’autres desseins, que l’académie de Philadelphie ne suffisait pas à contenir. Paris régnait sur la peinture ; elle s’y établit donc, définitivement, en 1874. Un obstacle se dressait : l’École des Beaux-Arts n’admettait pas les femmes, et ne s’y résoudrait qu’en 1897. Elle se forma en privé, copia au Louvre munie d’une carte de copiste, et attendit que la ville daignât la remarquer.

The city noticed through Edgar Degas. In 1877 he saw her work, knocked on her door, and invited her to exhibit with the group the critics were still mocking as impressionists. She said yes and never really looked back: she showed in four of the group’s eight exhibitions, the only American ever inside the club. Not a guest. A member, hanging beside Degas, Monet and Morisot, arguing about frames and hanging heights like everyone else.

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A1-A2

Edgar Degas a vu son travail en 1877 et l’a invitée à exposer avec les impressionnistes. Elle a dit oui. Elle a participé à quatre de leurs huit expositions. C’est la seule Américaine du groupe.

B1-B2

La ville l’a remarquée à travers Edgar Degas. En 1877, il voit son travail, frappe à sa porte et l’invite à exposer avec le groupe que les critiques moquaient encore sous le nom d’impressionnistes. Elle dit oui et ne regarde plus vraiment en arrière : elle participe à quatre des huit expositions du groupe, seule Américaine jamais admise dans le club. Pas une invitée. Un membre, accroché à côté de Degas, de Monet et de Morisot, qui discute cadres et hauteurs d’accrochage comme tout le monde.

C1-C2

La ville la remarqua par l’entremise d’Edgar Degas. En 1877, il vit son travail, frappa à sa porte et la convia à exposer avec le groupe que la critique brocardait encore sous le nom d’impressionnistes. Elle accepta et ne se retourna plus guère : elle parut à quatre des huit expositions du groupe, seule Américaine jamais admise dans le cercle. Non point une invitée. Un membre, accroché aux côtés de Degas, de Monet et de Morisot, disputant cadres et hauteurs d’accrochage à l’égal de chacun.

Her subject was modern women in their own lives: at the theatre, reading, bathing children, pouring tea that nobody romanticises. The mother-and-child canvases made her famous and get misread as sweet. Look longer and they are workmanlike studies of labour, attention and fatigue, painted by a woman the era would not let paint much else. Bars and racecourses belonged to her male colleagues. She made the interior world hold just as much.

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A1-A2

Son sujet : les femmes modernes dans leur vie réelle. Au théâtre, en train de lire, avec leurs enfants. Ses tableaux de mères et d’enfants l’ont rendue célèbre. Ils ne sont pas mièvres : ils montrent un vrai travail, l’attention et la fatigue.

B1-B2

Son sujet, c’était la femme moderne dans sa propre vie : au théâtre, en lecture, au bain des enfants, versant un thé que personne n’idéalise. Les toiles de mères et d’enfants ont fait sa gloire et se font mal lire, comme si elles étaient douces. Regardez plus longtemps : ce sont des études précises du travail, de l’attention et de la fatigue, peintes par une femme à qui l’époque n’autorisait pas grand-chose d’autre. Les bars et les champs de courses appartenaient à ses collègues masculins. Elle a fait tenir autant de monde dans le monde intérieur.

C1-C2

Son sujet fut la femme moderne dans sa propre existence : au théâtre, dans la lecture, au bain des enfants, versant un thé que nul ne songe à idéaliser. Les toiles de mères à l’enfant firent sa gloire et s’exposent au contresens de la mièvrerie. Qu’on les regarde plus longtemps : ce sont des études d’ouvrière sur le labeur, l’attention et la fatigue, peintes par une femme à qui l’époque ne concédait guère d’autre terrain. Bars et champs de courses revenaient à ses confrères. Elle fit tenir dans le monde intérieur une égale quantité d’humanité.

Eighty works come home

From 6 October to the end of January, the Musée d’Orsay gathers around eighty of her works, the first French retrospective on this scale in decades, timed a century after her death. She died in June 1926 at her château in the Oise, north of Paris, nearly blind, having outlived almost everyone she exhibited with. The homecoming has a poetry the museum did not have to invent: Orsay is a former railway station, opened in 1900, the kind of building that carried her whole transatlantic life.

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A1-A2

Du 6 octobre à la fin janvier, le musée d’Orsay réunit environ quatre-vingts de ses œuvres, cent ans après sa mort. Elle est morte en 1926, dans son château de l’Oise, presque aveugle. Orsay est une ancienne gare.

B1-B2

Du 6 octobre à la fin janvier, le musée d’Orsay rassemble environ quatre-vingts de ses œuvres, la première rétrospective française de cette ampleur depuis des décennies, calée un siècle après sa mort. Elle s’est éteinte en juin 1926 dans son château de l’Oise, au nord de Paris, presque aveugle, après avoir survécu à presque tous ceux avec qui elle avait exposé. Le retour a une poésie que le musée n’a pas eu à inventer : Orsay est une ancienne gare, ouverte en 1900, le genre de bâtiment qui a porté toute sa vie transatlantique.

C1-C2

Du 6 octobre à la fin de janvier, le musée d’Orsay rassemble quelque quatre-vingts de ses œuvres, première rétrospective française de cette ampleur depuis des décennies, réglée sur le centenaire de sa mort. Elle s’éteignit en juin 1926 dans son château de l’Oise, au nord de Paris, presque aveugle, ayant survécu à presque tous ceux aux côtés desquels elle avait exposé. Ce retour recèle une poésie que le musée n’eut pas à inventer : Orsay est une ancienne gare, inaugurée en 1900, de ces bâtiments qui portèrent toute sa vie transatlantique.

🇫🇷 « L’Américaine des impressionnistes rentre enfin chez elle. »
🇺🇸 “The impressionists’ American finally comes home.” The line the French press will reach for, and both countries will quarrel over the pronoun: chez elle, at her own home. Which country was that, exactly?

Expect the prints to steal the show. In 1890 Paris hosted a vast exhibition of Japanese prints, and Cassatt walked out changed. The series of colour etchings she made the next year, flat planes, tilted floors, women washing and writing letters, counts among the finest printmaking of the century, and museums guard those sheets like relics. The French word for such a work is une estampe — a fine-art print pulled from an engraved plate, and hers answer Japan plate for plate.

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A1-A2

Les estampes seront les stars. En 1890, Paris a montré une grande exposition d’estampes japonaises. Cassatt en est sortie transformée. Ses gravures en couleurs de l’année suivante comptent parmi les plus belles du siècle.

B1-B2

Attendez-vous à ce que les estampes volent la vedette. En 1890, Paris accueille une vaste exposition d’estampes japonaises, et Cassatt en ressort changée. La série de gravures en couleurs qu’elle réalise l’année suivante, aplats, sols basculés, femmes à la toilette et aux lettres, compte parmi les plus belles pages de l’estampe du siècle, et les musées gardent ces feuilles comme des reliques. Le mot français est une estampe, et les siennes répondent au Japon planche pour planche.

C1-C2

Attendez-vous à voir les estampes ravir la vedette. En 1890, Paris accueillit une vaste exposition d’estampes japonaises, dont Cassatt ressortit transformée. La série de gravures en couleurs qu’elle exécuta l’année suivante, aplats francs, sols basculés, femmes à la toilette et à l’écritoire, compte parmi les sommets de l’estampe du siècle, et les musées veillent sur ces feuilles comme sur des reliques. Le français dit une estampe, et les siennes répondent au Japon planche pour planche.

The smuggler of impressionism

Her second career matters as much as the first. Cassatt was the great passeuse — a smuggler or ferryman of things across a border; here, of art across the Atlantic of impressionism: she steered wealthy American friends, above all the Havemeyers of New York, through the studios of Paris, telling them what to buy decades before museums agreed. Those collections later flooded into American institutions, which is why Chicago and New York own some of the best Degas and Monet on earth. American museums are rich in impressionism substantially because one Pittsburgh woman had the address book and the eye.

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A1-A2

Elle a eu une deuxième carrière : passeuse. Elle guidait de riches amis américains dans les ateliers de Paris et leur disait quoi acheter. Ces collections sont ensuite entrées dans les musées américains. C’est pour cela que New York et Chicago ont de si beaux Degas et Monet.

B1-B2

Sa seconde carrière compte autant que la première. Cassatt fut la grande passeuse de l’impressionnisme : elle a guidé de riches amis américains, surtout les Havemeyer de New York, à travers les ateliers de Paris, en leur disant quoi acheter des décennies avant que les musées soient d’accord. Ces collections ont ensuite afflué dans les institutions américaines, et c’est pourquoi Chicago et New York possèdent quelques-uns des plus beaux Degas et Monet du monde. Les musées américains sont riches en impressionnisme, pour une large part, parce qu’une femme de Pittsburgh avait le carnet d’adresses et l’œil.

C1-C2

Sa seconde carrière pèse autant que la première. Cassatt fut la grande passeuse de l’impressionnisme : elle pilota de riches amis américains, au premier chef les Havemeyer de New York, à travers les ateliers parisiens, leur dictant quoi acquérir des décennies avant que les musées n’en conviennent. Ces collections se déversèrent ensuite dans les institutions américaines ; voilà pourquoi Chicago et New York détiennent quelques-uns des plus purs Degas et Monet de la planète. Si les musées américains regorgent d’impressionnisme, c’est pour une large part qu’une femme de Pittsburgh possédait le carnet d’adresses, et l’œil.

She was political when it counted. In 1915 she sent her work to a New York exhibition organised to support women’s suffrage, at real cost among her conservative American relations. By then her eyesight was failing; cataracts ended her painting years around 1914, and she spent a final decade advising, arguing and gardening in the Oise. The vote she backed arrived in America in 1920. She saw it. France, incidentally, made its women wait until 1944, a fact worth deploying at dinner parties on either side of the Atlantic.

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A1-A2

En 1915, elle a envoyé ses œuvres à une exposition new-yorkaise pour le droit de vote des femmes. Sa vue baissait déjà : elle a arrêté de peindre vers 1914. Les Américaines ont voté en 1920. Les Françaises ont attendu 1944.

B1-B2

Elle a été politique quand cela comptait. En 1915, elle envoie ses œuvres à une exposition new-yorkaise organisée pour soutenir le droit de vote des femmes, à un vrai prix dans sa parenté américaine conservatrice. Sa vue déclinait déjà ; la cataracte met fin à ses années de peinture vers 1914, et elle passe une dernière décennie à conseiller, à discuter et à jardiner dans l’Oise. Le vote qu’elle soutenait arrive en Amérique en 1920. Elle l’a vu. La France, soit dit en passant, a fait attendre ses femmes jusqu’en 1944, un fait à dégainer aux dîners des deux côtés de l’Atlantique.

C1-C2

Elle sut être politique à l’heure où cela comptait. En 1915, elle expédia ses œuvres à une exposition new-yorkaise montée au soutien du suffrage féminin, à prix réel parmi sa parentèle américaine conservatrice. Sa vue déclinait déjà ; la cataracte clôtura ses années de peinture vers 1914, et elle consacra une ultime décennie à conseiller, ferrailler et jardiner dans l’Oise. Le vote qu’elle défendait advint en Amérique en 1920. Elle le vit. La France, soit dit en passant, fit patienter ses femmes jusqu’en 1944 : fait à dégainer en dîner, sur l’une et l’autre rive de l’Atlantique.

For the visitor, the useful French is the vocabulary of the opening: le vernissage — the private view; literally the varnishing day, une rétrospective — a career-spanning exhibition, la toile — the canvas and le pastel — the chalk medium Degas and Cassatt both loved. Her story belongs to the long Franco-American exchange that Paris spent the summer celebrating, and it reverses the usual direction of the traffic. America sent France a painter. France sent America its museums’ walls.

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A1-A2

Pour la visite, apprenez ces mots : le vernissage, une rétrospective, la toile, le pastel. L’Amérique a envoyé une peintre à la France. La France a envoyé ses murs de musées à l’Amérique.

B1-B2

Pour le visiteur, le français utile est celui de l’ouverture : le vernissage, une rétrospective, la toile, le pastel. Son histoire appartient au long échange franco-américain que Paris a passé l’été à célébrer, et elle inverse le sens habituel du trafic. L’Amérique a envoyé une peintre à la France. La France a envoyé à l’Amérique les murs de ses musées.

C1-C2

Pour le visiteur, le français qui sert est celui de l’ouverture : le vernissage, la rétrospective, la toile, le pastel. Son histoire s’inscrit dans ce long commerce franco-américain que Paris a passé l’été à célébrer, et elle en renverse le sens ordinaire. L’Amérique offrit une peintre à la France. La France offrit à l’Amérique les murs de ses musées.

📰 Vocabulaire clé

une passeuse
a ferryman-smuggler across borders; Cassatt’s second career
le vernissage
the private view of an exhibition; literally varnishing day
une estampe
a fine-art print pulled from an engraved plate
le pastel
the chalk medium; a Degas and Cassatt speciality
la toile
the canvas; by extension, a painting
l’atelier
the artist’s studio
une rétrospective
a career-spanning exhibition
le japonisme
the French craze for Japanese art that reshaped hers

The Paris she chose, the America she left

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Paris, 1874United States, 1874
Training
l’atelier
Beaux-Arts closed to women until 1897; private ateliers insteadAcademies admitted women, then aimed them at teaching
The avant-gardeLet her in: four of the eight impressionist exhibitionsDid not exist yet; the Armory Show was forty years off
Her subjects
la toile
Modern women, theatres, tea, the print seriesPortrait commissions, mostly declined
The moneyFrench dealers, led by Durand-RuelAmerican collectors she personally steered
The legacyAn Orsay retrospective a century after her deathMuseum wings full of the impressionism she exported
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